Les « soft skills », kézako ?

Par opposition aux « hard skills », compétences techniques mesurables, les « soft skills » sont les qualités humaines que le manager a tout intérêt à identifier – et à valoriser – chez son collaborateur, pour en faire un vecteur de motivation, de créativité, de performance…

 

D’un côté, il y a les « hard skills », autrement dit les compétences « démontrables », acquises par l’individu : des connaissance de l’ordre technique ou académique qui ont donné lieu à des notes, à des diplômes, à des certificats, à des grades, à des titres… De l’autre côté, il y a les « soft skills », plus informelles, parfois moins conscientes aussi – et encore très peu valorisées en France au sein de l’entreprise : l’écoute, la pédagogie, l’empathie, l’adaptabilité, la créativité, la gestion du stress… Autant de compétences à part entière qui sont, depuis longtemps, les bienvenues dans nombre d’entreprises anglo-saxonnes. Et qui peuvent servir de levier à la performance et à la compétitivité.

Une méthode opérationnellesoft-skills-3

 

C’est le postulat de trois jeunes auteurs, Fabrice Mauléon (professeur et directeur du Learning Hub à France Business School), Julien Bouret (coach, double diplômé en management, spécialiste des techniques méditatives) et Jérôme Hoarau (également double diplômé en management, formateur d’entrepreneurs) qui publient, chez Dunod, l’ouvrage « Le Réflexe Soft Skills. Les compétences des leaders de demain » (bonnes feuilles ci-dessous). En plus de pointer les enjeux et de démontrer l’importance d’identifier, de développer et de mettre en œuvre les « soft skills » de l’individu au sein des organisations, ce livre présente une méthode opérationnelle. Objectif : accompagner les leaders, les managers, les entrepreneurs sur le chemin de la valorisation des « soft skills » et fournir des outils permettant de remobiliser les équipes.

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EXTRAIT DE « LE REFLEXE SOFT SKILLS » LES COMPETENCES DES LEADERS DE DEMAIN

pages 103-109

Chapitre : Comment valoriser les soft skills de l’entreprise ?

Les soft skills de l’entreprise reposent sur celles de ses collaborateurs
et de la synergie qui en découle.

Des compétences synergiques

L’un des principes développés par la science des systèmes complexes (Donella Meadows, Thinking in Systems, Chelsea Green, 2008), est celui de l’émergence : quand un élément ou un événement apparaît sans que l’on puisse comprendre pourquoi. Il en est de même pour les compétences quand plusieurs personnes travaillent ensemble. Leur association peut émerger des compétences nouvelles à l’image des sports collectifs. En d’autres termes, l’association d’une personne possédant une compétence A avec une autre personne possédant une compétence B fait émerger une compétence C de cette synergie. Les praticiens de la pensée systémique parlent alors du « 1+1>2 » ou autrement dit, « Le tout est plus grand que la somme des parties ».

Reprenons l’exemple de l’entreprise de développement de logiciels. Ses développeurs et ses designers travaillent de manière collaborative sur des projets. Chaque collaborateur possède ses hard et soft skills : un développeur


aurait par exemple une capacité de concentration élevée et un esprit analytique très développé, et un designer une grande empathie et une forte créativité. Si nous associons ces personnes, nous relevons 4 soft skills :


–– concentration
–– analyse
–– empathie
–– créativité.

Mais ces soft skills sont-elles les seules issues de cette collaboration ? De cette synergie émergent d’autres soft skills :


–– optimisme
–– confiance ;
–– conscience.

Si la collaboration entre le développeur et le designer s’effectue de manière harmonieuse, alors la confiance s’instaurera


entre eux. De même, ils apprendront à avoir une meilleure conscience de leurs soft skills grâce à cette interaction sociale. Enfin, cette confiance mutuelle alimentera un optimisme dans l’atteinte de l’objectif.

Ces soft skills peuvent exister de manière indépendante chez les protagonistes. En revanche, elles ne seront pas aussi « réelles » ou « développées » qu’avec la synergie d’équipe. D’où cette émergence de soft skills synergiques.


soft-skills-2C’est en considérant ce principe que nous pouvons parler de compétences synergiques ou émergentes, participant au capital humain de l’entreprise.


Mais comment valoriser les soft skills en entreprise, aussi bien les soft skills de l’individu que les soft skills synergiques?

Voici la méthode de calcul du capital soft skills de votre entreprise.


• La prise de conscience individuelle des soft skills des collaborateurs


Les soft skills de l’entreprise résident chez ses collaborateurs. D’où l’intérêt dans un premier lieu de s’intéresser aux individus.


Comme nous l’avons montré dans la méthode creapreZent, les soft skills font partie d’un potentiel « humain » dont l’individu a plus ou moins conscience.

La démarche de prise de conscience des soft skills prend source chez l’individu : une personne n’ayant pas l’envie de découvrir ses soft skills aura plus de mal à en prendre conscience.

C’est la raison pour laquelle, si une entreprise veut valoriser les soft skills, il est nécessaire que ses collaborateurs aient la même intention au niveau individuel.


Chaque individu peut dresser une liste de ses soft skills, ou se référer au mind map creapreZent.

Exemple


Si nous reprenons notre exemple du développeur et du designer dans une entreprise de développement de logiciels voici à quoi cette démarche pourrait ressembler :


• Designer :


Soft skills individuelles Note (sur 5) créativité 4 empathie 4,5 concentration 1,5 analyse 2,5


• Développeuretudiant-en-alternance


Soft skills individuelles
Note (sur 5) créativité 1 empathie 2 concentration 5 analyse 3,5

La prise de conscience collective des soft skills individuelles des collaborateurs


Le capital soft skills des entreprises repose entre autre sur la totalité des soft skills des collaborateurs.
Comment l’entreprise peut-elle avoir une vision globale des soft skills de ses collaborateurs ? Il existe deux possibilités complémentaires :


–– partager les soft skills individuelles avec le reste du groupe (les autres collaborateurs). Ce partage peut être répertorié dans une base de données afin de garder une visibilité sur ce capital soft skills de ses collaborateurs.

L’entreprise peut aussi se référer au mind map creapreZent afin de suivre l’évolution des soft skills individuelles de ses collaborateurs


–– développer de l’empathie pour détecter les soft skills d’autrui. Une fois la « collecte » de soft skills de tous les individus 
effectuée, vous pouvez les compiler dans un tableau avec un système de pondération :


–– dans une première colonne, la liste des soft skills (sans redondance);
–– dans une seconde colonne, la somme totale des notes soft skills.


Vous aurez ainsi une vision globale des soft skills individuelles de votre entreprise.


social-media-1430527_640Exemple


Avec l’exemple de l’entreprise de développement de logiciels, nous pouvons obtenir ceci :


• Soft skills individuelles du groupe :
Soft skills individuelles Total (groupe) créativité 5 (=4+1) empathie 6,5 (=4,5+2) concentration 6,5 (=1,5+5)


Vous pouvez adopter ce raisonnement à l’échelle de toute une entreprise.

• La prise de conscience des soft skills synergiques


Selon le principe de l’émergence dans les systèmes complexes, des soft skills synergiques émergent de l’interaction entre les différents collaborateurs.

Ces soft skills s’ajoutent aux soft skills individuelles déjà répertoriées pour en constituer
le capital soft skill de l’entreprise.


Mais comment identifier et répertorier ces soft skills synergiques ?


Tout d’abord, développez une vision claire des différentes synergies existantes dans votre entreprise.

Notez-les sur une feuille ou sur un document de traitement informatique avec les informations suivantes :


–– collaborateurs (noms et postes dans l’entreprise)
–– raison d’être de la synergie (objectif, projet, mission, etc.) ;
–– soft skills individuelles (de chaque collaborateur)
–– soft skills synergiques.

Afin de remplir cette dernière colonne, utilisez votre concentration et votre observation : quelles soft skills émergent de la synergie (s’ajoutant ainsi aux soft skills individuelles déjà existantes) ?


Vous pourrez ensuite commencer à lister les soft skills synergiques, ou émergentes par rapport à chaque groupe d’individus travaillant ensemble.


Une fois votre tableau rempli, vous pouvez le soumettre aux groupes concernés pour obtenir leurs retours. Les collaborateurs donneront
leurs avis sur vos résultats et attribueront une note soft skill aux soft skills synergiques sur lesquelles vous vous serez mis d’accord.


Ces informations vous permettront de dresser un nouveau tableau reposant sur le même principe que celui des soft skills individuelles expliqué lors du point précédent : celui des soft skills synergiques de l’entreprise.


Inscrivez-y les informations suivantes :


–– soft skills synergiques ;
–– note soft skills synergiques.


Vous aurez ainsi une vision globale des soft skills synergiques de votre entreprise.

Exemple


• Soft skills individuelles du groupe :


Collaborateurs : développeur & designer
Raison d’être de la synergie : créer un logiciel


Soft skills individuelles


– créativité
– empathie
– concentration
– analyse


Soft skills synergiques


– optimisme
– confiance
– conscience

Les soft skills synergiques listées dans le tableau ont été approuvées et notées par les deux collaborateurs du groupe concernés :

Soft skills synergiques


Note des collaborateurs
(sur 5) optimisme 3 confiance 5 conscience 4


Vous pouvez ensuite combiner les notes des différents groupes pour remplir
un tableau global des soft skills synergiques (en imaginant que l’entreprise soit composée de trois groupes) :


• Soft skills synergiques de l’entreprise :
Soft skills synergiques Total (entreprise) optimisme 8 (=3+2+3)
confiance 14 (=5+4+5) conscience 7 (=4+2+1)


Le bilan soft skills de l’entreprise


Vous voici en possession de deux listes :


–– les soft skills individuelles (et leurs notes globales) ;
–– les soft skills synergiques (et leurs notes globales).


Si vous faites la somme des notes obtenues, vous aurez trois totaux différents :


–– un total des soft skills individuelles;
–– un total des soft skills synergiques ;
–– un total global.


Ce total global représente le « capital soft skills » de votre entreprise, alimentant son capital humain.

Exemple


Soft skills individuelle
s de l’entreprise
Soft skills individuelles Total (entreprise) créativité 15 empathie 17 concentration 13 Total 45
• Soft skills synergiques de l’entreprise :
Soft skills synergiques Total (entreprise) optimisme 8 confiance 14 conscience 7 Total 29
Le capital soft skills de l’entreprise est donc de 74 (=45+29).

Ce qui est intéressant avec cette valeur, ce n’est pas le chiffre absolu qui en découle, mais l’évolution de ce dernier dans le temps.

Cela vous permet d’avoir une visibilité sur l’évolution des soft skills de votre entreprise, et donc de la valorisation de l’invasion.

Comme vous l’avez remarqué, la démarche de calcul de ce capital soft skills engage vos collaborateurs dans une démarche d’analyse de leur soft skills. C’est en ce sens que cet exercice est utile également, en impulsant une dynamique qui, si elle est répétée régulièrement dans le temps, permettra de développer le réflexe soft skills dans votre entreprise (cf. chapitre 4).
Cette méthode de calcul du capital soft skills de l’entreprise permet aussi de donner du lien entre les collaborateurs à travers les soft skills synergiques. Car pensaient-ils avant la valorisation des soft skills de l’entreprise à ces soft skills émergentes ?
Vous verrez ci-après comment la dynamique soft skills peut devenir virale dans votre entreprise pour augmenter le capital soft skills de votre entreprise, et donc son capital humain.

Quel est le lien entre personnes et soft skills ?
Dans le moindre échange entre deux personnes, des soft skills sont mobilisées.

L’utilisation consciente des soft skills enrichit le lien qui peut exister entre ces personnes. Lorsque vous mobilisez vos soft skills, vous permettez plus facilement


à votre entourage de déployer les leurs, et donc d’optimiser vos échanges. En effet, quelle que soit l’attitude que vous adoptez avec votre interlocuteur, celui-ci est forcé de recevoir un certain nombre d’informations correspondant à votre attitude. Vos soft skills permettent de préciser ces informations.

Dit autrement, grâce à vos soft skills, vous pouvez agencer intelligemment les signaux que vous envoyez à votre entourage.

Ces mêmes signaux sont précieux dans la façon dont vos interlocuteurs pourront ajuster leur propre attitude.

Editions Dunod